Cannes : le grand théâtre des ego

Chaque année, pendant quelques jours, le Festival de Festival de Cannes transforme la Croisette en scène à ciel ouvert.

D’un côté, des acteurs et des actrices superbement habillés montent les marches au ralenti, prennent des poses soigneusement étudiées et se congratulent avec beaucoup de sérieux.

De l’autre, des milliers de spectateurs s’agglutinent derrière les barrières, téléphone à la main, dans l’espoir d’apercevoir une célébrité ou, mieux encore, de repartir avec un selfie.

Je l’avoue : ce spectacle me laisse chaque année un peu perplexe.

Et, si je suis honnête, il me fait parfois penser à une sorte de zoo très particulier.

Un zoo d’un genre nouveau

La comparaison est un peu irrévérencieuse, j’en conviens.

Mais, après tout, la scène présente quelques similitudes troublantes.

D’un côté, des êtres rares et fascinants que l’on observe avec excitation.

De l’autre, un public massé derrière des barrières, qui tente d’apercevoir les spécimens les plus recherchés.

À une différence près : dans ce zoo-là, les pensionnaires semblent ravis d’être regardés.

Et les visiteurs tout aussi heureux de les contempler.

Tout le monde y trouve son compte.

Une immense séance d’admiration mutuelle

Ce qui me frappe surtout, c’est cette impression d’assister à une vaste cérémonie d’autocongratulation.

Des personnes célèbres applaudies par d’autres personnes célèbres, sous les regards émerveillés de spectateurs qui semblent considérer comme un privilège le simple fait de les voir passer.

Le tout parce qu’ils exercent un métier particulièrement visible.

Qu’on me comprenne bien : j’aime le cinéma, et certains artistes ont un talent remarquable.

Mais je ne peux m’empêcher de trouver curieux que l’on déroule un tapis rouge pour des personnes qui, au fond, ne font « que » leur métier.

Une question de perspective

Pendant ce temps, des millions de personnes accomplissent chaque jour des tâches autrement plus utiles — et parfois bien plus difficiles.

Des soignants, des enseignants, des chercheurs, des aidants, des bénévoles.

Ils ne montent pas les marches.

Ils n’ont pas de photographes à leurs pieds.

Et pourtant, leur contribution à la société est souvent bien plus essentielle.

Le besoin d’être admiré

Au fond, le Festival de Cannes met en scène quelque chose de très humain : le besoin d’être reconnu.

Certaines personnes aiment être regardées.

D’autres aiment regarder.

Les uns savourent la lumière.

Les autres rêvent d’en capter un reflet.

Et tout ce petit monde semble trouver son équilibre dans cette chorégraphie parfaitement rodée.

Un miroir de notre époque

En y réfléchissant, le festival ressemble à une version grand format de ce que nous observons chaque jour sur les réseaux sociaux.

On se montre.

On prend la pose.

On espère attirer l’attention.

On recueille des signes d’approbation.

À des degrés divers, nous participons peut-être tous à ce grand théâtre du regard des autres.

Derrière les paillettes

Ce spectacle me fait sourire.

Non parce qu’il serait scandaleux, mais parce qu’il révèle, de manière presque caricaturale, certains traits profondément humains : la fascination pour la célébrité, le besoin de reconnaissance et cette tendance à confondre visibilité et importance.

Et chaque année, en regardant monter les marches, je ne peux m’empêcher de penser que certaines des personnes les plus admirables ne sont pas forcément celles qui attirent le plus les projecteurs.

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