Alors… tu vas m’analyser ?

Petite histoire (très personnelle) des idées reçues sur la psychologie

Quand j’ai commencé mes études de psychologie, j’entendais régulièrement la même remarque :

— « Ouh là… il ne faut pas que je parle devant toi, tu vas m’analyser ! »

Quelques années plus tard, lorsque je me suis spécialisée en psychologie sociale, avec une thèse portant sur la persuasion et l’influence, la remarque a évolué :

— « Ah, donc tu apprends à manipuler les gens ? »

Manifestement, j’étais passée du statut de lectrice de pensées à celui d’apprentie manipulatrice.

Pas mal comme évolution de carrière. 


Pourquoi la psychologie ?

À l’origine, je rêvais plutôt de publicité et de communication.

Ce qui m’attirait, c’était cet univers créatif, coloré et vivant.

Mais je voulais aussi comprendre ce qui se joue derrière les messages :

  • pourquoi certaines idées nous séduisent ;
  • pourquoi certaines campagnes nous marquent ;
  • pourquoi nous faisons parfois des choix que nous croyons parfaitement libres… alors qu’ils ne le sont pas toujours autant que nous l’imaginons.

La psychologie me semblait être une formidable clé de lecture.

J’ai toujours été très observatrice, attentive aux autres, curieuse de ce qui motive les comportements humains.

Comprendre faisait déjà partie de ma nature.

Comprendre les êtres humains, plus encore.


La psychologie sociale : les coulisses de l’influence

Parmi les différentes branches de la psychologie, la psychologie sociale a été une évidence.

C’est la discipline qui s’intéresse à la façon dont nos pensées, nos émotions et nos comportements sont influencés par les autres et par notre environnement.

Dit autrement :

  • pourquoi nous suivons parfois le groupe ;
  • pourquoi nous changeons d’avis ;
  • pourquoi nous pouvons être convaincus… parfois sans même nous en rendre compte.

Cette idée m’a tout de suite passionnée.

Il me semblait plus intéressant d’être du côté de ceux qui comprennent les mécanismes d’influence que du côté de ceux qui les subissent sans les voir.


Non, comprendre n’est pas manipuler

Le mot « manipulation » fait peur.

Pourtant, comprendre les mécanismes de persuasion ne signifie pas vouloir manipuler les autres.

C’est un peu comme étudier le fonctionnement d’un moteur : cela ne transforme pas automatiquement en pilote de Formule 1.

Connaître les ressorts de l’influence permet surtout de développer un regard plus lucide.

Et, accessoirement, d’éviter de cliquer trop vite sur certains boutons « Offre exceptionnelle limitée à minuit ».


Les experts autoproclamés

La psychologie est un domaine fascinant… et apparemment très contagieux.

Il suffit parfois de regarder une série sur Netflix ou quelques vidéos sur YouTube pour que chacun se découvre soudain :

  • haut potentiel intellectuel ;
  • expert en traumatismes ;
  • détective spécialisé en « pervers narcissiques » ;
  • ou analyste de la personnalité de toute la famille.

Tout le monde semble avoir un diagnostic à poser.

Un peu comme si regarder trois épisodes d’une série médicale suffisait à devenir cardiologue.


Une anecdote qui résume bien les choses

Un jour, une personne ayant suivi deux jours de stage en hypnose m’a expliqué très sérieusement que nous faisions finalement le même métier.

J’avais, à ce moment-là, plusieurs années d’études universitaires et un doctorat en psychologie sociale.

J’ai admiré sa confiance.


« Je ne suis pas fou »

L’une des idées reçues les plus tenaces reste celle-ci :

— « Je ne vais pas voir un psy, je ne suis pas fou. »

Comme si consulter un professionnel de la psychologie était réservé à des situations extrêmes.

En réalité, cela peut simplement être une démarche pour mieux comprendre ce que l’on vit, prendre du recul ou traverser une période difficile.

Au fond, la psychologie n’a jamais eu pour vocation d’étiqueter les gens.

Elle cherche surtout à mieux comprendre ce qui nous fait penser, ressentir et agir.


Ce que mes études m’ont vraiment appris

Mes études ne m’ont pas donné le pouvoir de lire dans les pensées.

Elles ne m’ont pas non plus transformée en manipulatrice professionnelle.

Ma spécialisation en psychologie sociale ne signifie pas que mon parcours s’est limité à l’étude de l’influence et de la persuasion.

Avant cette spécialisation, j’ai suivi un cursus complet de psychologie, avec tout ce que cela comporte : psychologie générale, psychologie clinique, psychanalyse, biologie, statistiques, méthodologie de la recherche, tests projectifs…

Autrement dit, la psychologie sociale est venue s’ajouter à une formation déjà très large, et non s’y substituer.

Cette double approche m’a permis d’acquérir à la fois :

  • une compréhension globale du fonctionnement psychologique ;
  • une connaissance fine des dynamiques relationnelles et sociales ;
  • des bases théoriques solides pour analyser les comportements humains.

C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles je me sens aujourd’hui à l’aise pour accompagner des personnes dans des contextes très variés.

Sans prétendre tout savoir, bien sûr.

Mais avec une sensibilité particulière à ce qui se joue à la fois en chacun de nous… et dans nos interactions avec les autres.

Au fond, mes études ne m’ont pas appris à « analyser » les gens malgré eux.

Elles m’ont surtout appris à regarder l’être humain avec davantage de curiosité, de nuance et de compréhension.

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