
Septembre arrive.
Les vacances sont terminées pour beaucoup d’entre nous, les journées raccourcissent doucement et, dans le miroir, un autre phénomène se produit : le bronzage disparaît.
Jour après jour.
Cette jolie couleur ramenée de vacances s’efface, et avec elle notre fameuse « bonne mine ».
C’est d’ailleurs une expression assez amusante. Avoir bonne mine, c’est avoir l’air en bonne santé. Et pour beaucoup d’entre nous, aujourd’hui, avoir le teint légèrement hâlé y contribue.
Peut-être parce que nous nous trouvons plus jolis comme ça. Peut-être aussi parce qu’on a l’impression que les cernes se voient moins. En tout cas, quelques couleurs et, soudain, le miroir semble plus sympathique.
Et ce n’est pas seulement une impression personnelle : les recherches sur le bronzage montrent que l’apparence et le sentiment d’être plus attirant comptent effectivement parmi les raisons qui nous poussent à rechercher le hâle.
Ce qui est assez cocasse quand on pense que, pendant des siècles, c’était exactement l’inverse.
Dans les milieux aisés européens, la peau claire a longtemps été valorisée : elle indiquait notamment que l’on n’avait pas à travailler dehors, au soleil. On se protégeait donc soigneusement et on utilisait même poudres et cosmétiques pour accentuer la pâleur du teint.
Puis les modes de vie ont changé. Avec le développement des loisirs, des congés et des séjours au bord de la mer, le hâle a progressivement cessé d’évoquer uniquement le travail en extérieur pour devenir aussi un signe de vacances et de temps libre.
Autrement dit, certains d’entre nous regardent aujourd’hui avec désespoir disparaître une couleur que d’autres auraient autrefois tout fait pour éviter.
Mais cela n’explique pas complètement pourquoi nous y tenons autant.
Est-ce vraiment notre bronzage qui nous manque ?
Évidemment, il y a le miroir.
Si je me trouve plus jolie bronzée, je ne vais pas applaudir chaque matin en constatant que je le suis un peu moins.
Mais je me demande si nous ne perdons pas autre chose en même temps.
En vacances, nous ne changeons pas seulement de décor.
Nous pouvons aussi changer un peu de rythme et de manière d’être. Moins d’horaires, moins de contraintes, parfois moins de rôles à tenir. Nous faisons davantage ce dont nous avons envie au moment où nous en avons envie. Nous sommes dehors, nous bougeons autrement, nous nous habillons autrement.
Et peut-être nous regardons-nous aussi autrement.
Plus détendus. Plus libres. Plus disponibles.
Parfois même un peu plus nous-mêmes.
Le bronzage devient alors la trace visible de cette version-là de nous.
Au retour, elle est encore là. Dans le miroir, mais aussi dans les « tu as bonne mine ! » qui nous accueillent parfois.
Puis les semaines passent.
Le réveil sonne à nouveau. Les contraintes reprennent leur place. Les journées raccourcissent.
Et le bronzage s’efface.
Finalement, il ne nous rappelle peut-être pas seulement où nous étions pendant les vacances.
Il nous rappelle aussi comment nous étions.
Alors, quand il disparaît, est-ce vraiment quelques pigments que nous regrettons ?
Peut-être un peu.
Peut-être regrettons-nous aussi l’été, les vacances et cette version de nous-mêmes qui semblait avoir davantage de temps, de liberté et de légèreté.
Mon humeur ne s’assombrit donc probablement pas proportionnellement à la perte de mon bronzage.
Mais si, en septembre, je regarde mon teint pâlir avec un petit pincement, je peux toujours me consoler : quelques siècles plus tôt, j’aurais été à la mode.