Quand le langage influence nos ressentis corporels
Nous avons tous à notre disposition un outil extraordinairement puissant : notre cerveau. Il nous permet d’anticiper, de comprendre, de réagir, de nous adapter au monde qui nous entoure. Mais pour aller vite et nous protéger, il fonctionne souvent par raccourcis. Et parfois… ces raccourcis nous jouent des tours.
Le cerveau interprète avant de vérifier
Le cerveau n’attend pas toujours d’avoir toutes les informations pour réagir. Il interprète, associe, compare. C’est ce qui lui permet d’être efficace, mais aussi ce qui peut l’induire en erreur.
Un exemple très connu : la blouse blanche dans les publicités. Lorsqu’une personne en blouse blanche nous explique qu’un dentifrice est recommandé, notre cerveau a tendance à l’identifier spontanément comme un médecin ou un chercheur. Même si, en réalité, il s’agit évidemment d’un acteur.
Ce mécanisme porte un nom : les biais cognitifs. Ce sont des raccourcis automatiques que le cerveau utilise pour comprendre le monde plus rapidement. Ils sont utiles, mais ils peuvent aussi influencer notre perception sans que nous en ayons conscience.
Autrement dit, le cerveau ne cherche pas toujours la vérité objective : il cherche surtout ce qui lui semble cohérent, familier et rassurant.
Quand le symbolique déclenche une réaction bien réelle
Nous avons tous vécu cette expérience : regarder un film qui nous fait pleurer, nous serre la gorge ou nous noue l’estomac.
Et pourtant, nous savons très bien que ce que nous voyons est faux. Ce sont des acteurs. Une histoire inventée. Un scénario.
Malgré cela, le corps réagit vraiment. Les larmes sont réelles. L’émotion est réelle. Le cœur peut s’accélérer.
Pourquoi ? Parce que le cerveau ne fait pas toujours la différence entre une situation réellement vécue et une situation simplement représentée. À partir du moment où une information est perçue comme significative, le corps répond.
C’est un point essentiel pour comprendre le lien entre images mentales, émotions et sensations corporelles.
Les mots du quotidien et le corps
Dans la vie de tous les jours, nous utilisons très souvent des expressions corporelles pour parler de ce que nous vivons.
Par exemple, je demande parfois à des personnes très investies, très sollicitées : « Vous n’avez pas mal aux épaules ? »
La réponse est souvent oui. Et quand on regarde de plus près, on se rend compte que ces personnes portent effectivement beaucoup : responsabilités professionnelles, charge mentale, obligations familiales, préoccupations constantes.
Autre expression fréquente : « Ça me gonfle. »
On l’entend souvent chez des personnes qui se sentent envahies, contraintes, ou qui ont du mal à perdre du poids.
Encore une fois, il ne s’agit pas de dire que les mots créent mécaniquement un symptôme, mais qu’ils racontent quelque chose de la manière dont la situation est vécue intérieurement.
- « J’en ai plein le dos »
- « Ça me prend la tête »
- « J’ai la boule au ventre »
Ce sont des images que le cerveau prend au sérieux. Elles orientent l’attention vers certaines zones du corps et influencent la façon dont nous ressentons ce qui nous arrive.
Le cerveau et les formulations négatives
Le cerveau a une autre particularité importante : il comprend mal la négation.
Quand on dit : « Je ne veux pas être malade », le cerveau a du mal à intégrer le ne. Ce qui reste actif, c’est surtout être malade.
Autrement dit, sans le vouloir, la phrase peut être comprise comme : « Je veux être malade ».
Ce n’est évidemment pas conscient. Mais le cerveau fonctionne davantage par images et intentions que par règles de grammaire.
- au lieu de « je ne veux pas être stressé » → « je veux être plus calme »
- au lieu de « je ne veux plus grossir » → « je veux me sentir bien dans mon corps »
Il ne s’agit pas de pensée magique, mais simplement de donner une direction claire au cerveau.
Symptômes, comportements et recherche de sens
Lorsqu’une personne arrive avec un symptôme, une douleur ou un comportement qui se répète, la première envie est souvent de vouloir le faire disparaître rapidement. C’est bien compréhensible.
Mais on peut aussi se poser une autre question : à quoi ce symptôme sert-il psychologiquement ? Que vient-il exprimer, contenir ou réguler ?
Un comportement alimentaire, par exemple, peut parfois être lié à un sentiment de vide, de perte ou de séparation.
Dans ce cas, travailler uniquement sur le symptôme visible, sans regarder ce qu’il vient soutenir intérieurement, a souvent peu d’effet durable.
Liens, ruptures et ajustements intérieurs
Certaines périodes de vie — ruptures, deuils, transitions — laissent des traces profondes.
Le corps, les émotions et le langage peuvent alors raconter une histoire similaire, chacun avec son propre vocabulaire.
Il ne s’agit pas de couper brutalement des liens, mais parfois de les transformer, de les apaiser, de leur redonner une juste place afin de pouvoir avancer plus sereinement.
En conclusion
Le langage, les émotions et le corps dialoguent en permanence. Être attentif aux mots que nous utilisons, aux images que nous activons et aux ressentis qui émergent peut ouvrir des pistes de compréhension nouvelles.
Sans injonction, sans promesse, simplement comme une invitation à écouter autrement ce qui se joue en nous.